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domingo, 1 de noviembre de 2020

Parasha Vayera - David Pinto Haninna

 

Le pouvoir du repentir et de l’abnégation

« Le pouvoir du repentir est si grand qu’il atteint le Trône de Gloire » (Yoma 86b, Rosh HaShana 17a), et « Même les hommes les plus vertueux ne peuvent pas se tenir là où se tiennent ceux qui se repentent » (Brach’ot 34b, Sanhédrin 99a). S’il en est ainsi, aucun ange et aucun séraphin n’a la possibilité d’accuser celui qui par son repentir s’est rapproché de D., comme on le voit dans le cas du roi Ménashé, pour qui D. a creusé un refuge sous Son trône, hors d’accès des anges (Ruth Rabba 5:6).

Lorsque D. dévoila à Avraham son intention de détruire les villes de Sodome, Gomorrhe, Adma, Tzevouyim, et Tzoar, Avraham s’avança et dit: « Anéantirais-Tu, d’un même coup, l’innocent avec le coupable? » (Béréshit 18:23). Et la Torah rapporte les nombreuses supplications d’Avraham en faveur des habitants de Sodome et des autres villes. Malgré tout, il n’a pas réussi à les sauver, D. n’a pas agréé sa requête et les villes furent détruites sous une pluie de soufre et de feu du Ciel. Pourtant, Loth, dont la mauvaise conduite est connue puisqu’il avait choisi de vivre parmi les gens de Sodome et Gomorrhe (Béréshit Rabba 42:12), en apprenant que les villes allaient être détruites, demanda la possibilité de s’enfuir et de se réfugier dans un village voisin, disant aux envoyés du Ciel: « Cette ville est assez proche pour que je puisse m’enfuir là-bas et elle est peu importante, je peux m’y réfugier, vu son peu d’importance, et avoir la vie sauve » (ibid. 19:20). Il craignait de ne pas pouvoir atteindre ce village « le fléau m’atteindra et je mourrai » (ibid. 19). L’ange lui répondit: « Je vais agréer ta demande, je ne détruirai pas la ville dont tu parles » (ibid. 21). Les commentateurs s’étonnent que la demande de Loth d’épargner la petite ville ait été agréée (Yeffé Toar, Vayéra 19:21, Meam Loez, Vayéra 378): Avraham n’avait pas réussi à sauver ne serait-ce que cette petite ville et Loth, qui est fautif, a réussi! Comment est-ce possible?

Il faut dire que les anges ont vu en Loth une conduite irréprochable du moment où ils sont arrivés chez lui jusqu’à ce moment-là. Loth savait qu’ils étaient des anges (Béréshit Rabba 50:2), il insista pour les accueillir dans sa maison, il leur fit prendre un détour pour que les gens de Sodome ne sachent pas qu’ils étaient chez lui, il les hébergea, offrit de leur laver les pieds afin qu’on ne lui demande pas combien de temps ils étaient restés chez lui et où ils avaient dormi (ibid. 4). Bien que dans la ville de Sodome personne ne pratiquât l’hospitalité (ibid. 10), Loth mit sa vie en danger pour les héberger, ce qui montre combien ce devoir lui tenait à cœur. Lorsque les anges lui annoncèrent (Béréshit 19:13): « Nous allons détruire cette contrée », il comprit que Sodome allait être détruite de fond en comble et qu’il n’en resterait que des ruines et il courut dire à ses gendres (deux de ses filles étaient mariées), de sortir immédiatement de la ville. Malheureusement, ses gendres se moquèrent de lui (ibid. 14). Surtout, il mit sa famille en danger lorsqu’il dit aux habitants de Sodome qui assaillaient sa maison: « De grâce mes frères, ne leur faites point de mal! J’ai deux filles à la maison... je vais vous les amener... mais ne faites rien à ces hommes... (ibid. 7-8). En fin de compte, il ne s’est pas moqué des anges comme ses gendres, et il les supplia de lui donner le temps de s’enfuir. Les anges virent que Loth avait une grande foi en D.

Les anges se sont dit: si Loth est prêt à risquer sa vie et celle de sa famille parce qu’il a foi en ce que nous lui avons annoncé au nom de D. et s’il fait tant d’efforts pour nous accueillir chez lui, c’est qu’il a la possibilité de lutter contre le mauvais penchant et de se repentir, et même d’amener d’autres gens à se repentir et à croire en D. Créateur du monde. La preuve en est qu’il sait que D. est le Juge, et que la région va être dévastée et les villes anéanties à cause des péchés commis par les habitants de Sodome et des autres villes. Et donc, sans aucun doute, lorsqu’il parviendra au village en question, et qu’il racontera que lui, Loth, « un des notables de Sodome et son magistrat » (Béréshit Rabba 50:3) seul a survécu, ses réprimandes seront entendues, et les gens se repentiront sincèrement grâce à lui.

C’est la raison pour laquelle l’ange lui répondit: « J’accède à ta demande... je ne détruirai pas la ville », c’est-à-dire: Nous ne détruirons pas Sodome et Gomorrhe avant que tu n’aies atteint le village, et si vous vous repentez de vos fautes, D. vous épargnera et ne détruira pas ce village.

Avraham n’avait pas réussi, malgré sa prière, à faire annuler le décret de Sodome, de Gomorrhe et des autres villes, mais Loth a réussi à sauver la petite ville de Tzoar, car il avait le pouvoir d’amener ses habitants à se repentir, ce qui sauva la ville entière.

Le Kli H’emda (19:21-22) écrit, à propos du verset: « Je ne vais pas détruire la ville », que « la demande de Loth fut agréée dans le sens où la ville fut sauvée de la destruction, seuls ses habitants furent tués et brûlés ». On en trouve une confirmation car il est écrit « Il détruisit ces villes... » (ibid. 19:25), et Rashi explique: « Les quatre villes étaient bâties sur un rocher et elles furent détruites de fond en comble ». C’est donc que seules quatre villes furent détruites, Sodome, Gomorrhe, Adma, et Tzévouyim, alors que la ville de Tzoar fut épargnée grâce à Loth. Nous savons que la ville de Tzoar ne fut pas détruite comme il est écrit (Devarim 29:22): « une terre de soufre et de sel, partout calcinée... ruinée comme Sodome et Gomorrhe, Adma et Tzevouyim que l’Eternel bouleversa dans Sa colère et Son courroux ». Tzoar n’est pas mentionnée dans ce rappel de la destruction, car elle ne fut pas détruite, grâce au mérite et au dévouement de Loth, qui avait le pouvoir d’amener les hommes à se repentir de tout cœur.

Le nom même de la ville l’indique. Tzoar, est lié aux mots néetzar, arrêté, atzira, arrêt, et atzeret, rassemblement qui indique la fête du don de la Torah. Le verset (Shmouel I, 21:8): « Là se trouvait, ce jour-là, un des serviteurs de Shaül, retenu (néetzar) en présence du Seigneur... » indique ce sens puisque Rashi explique: « Il tardait dans la tente d’assignation où il étudiait la Torah » (voir Sanhédrin 93b). Dans notre cas aussi, Loth avait fait suspendre la sentence dans l’espoir de les amener à se repentir et à suivre les voies de la Torah, ce qui les sauva du décret de destruction totale.

Tel est le pouvoir de l’homme qui se sacrifie pour obéir aux commandements. Car celui qui met sa vie en danger pour obéir, ne serait-ce qu’à un seul commandement, prouve qu’il croit en D. dont la Présence est partout, qu’il a foi en Lui, et même qu’il regrette tout le mal qu’il a fait auparavant, sinon pourquoi se mettrait-il en danger pour obéir à ce commandement?

Sans aucun doute un tel homme est appelé vertueux, et son mérite a le pouvoir d’annuler un décret pour toute une ville, comme le disent les Sages (Kidoushin 40b): « Quelqu’un qui obéit à un commandement fait pencher la balance du monde entier vers le mérite ».

De même, le prophète Yona, se repentit et alla en fin de compte à Ninive où il proclama publiquement (Yona 3:4): « Dans quarante jours Ninive sera bouleversée ». Lorsque les habitants entendirent cet avertissement, ils réparèrent leurs fautes, comme il est écrit (ibid. 3:8): « Ils invoquèrent D. avec ferveur et chaque homme renonça à sa mauvaise conduite et aux objets volés qui étaient dans ses mains ». De même, Loth amena les gens de Tzoar à se repentir lorsqu’il leur dit qu’il était le seul survivant de tous les habitants de Sodome et de Gomorrhe.

Les Sages disent: « Raphaël est l’ange qui amena la guérison à Avraham et qui fut envoyé pour sauver Loth » (Babba Metzya 86b, Béréshit Rabba 50:2). Mais nous savons « qu’un même ange n’est pas chargé de deux missions » (Béréshit Rabba 50:2). De plus, D. ne manque pas de serviteurs, comme il est écrit (Téhilim 104:4): « Il fait des vents Ses messagers, des flammes ardentes Ses ministres », que Rashi (ad. loc.) explique: « Même les vents et les flammes peuvent faire la volonté de D. » et donc, pourquoi n’envoyer qu’un seul ange pour ces deux tâches?

Aucun ange ne désirait sauver Loth, car il était tout aussi fautif que les habitants de Sodome, et il n’y avait personne pour l’innocenter si ce n’est Avraham qui savait qu’effectivement il était capable de se repentir et d’amener une ville entière à se corriger. C’est lui qui l’a protégé. C’est pourquoi le même ange, envoyé pour guérir Avraham, est allé à la demande d’Avraham sauver Loth, et c’est ce que disent les Sages (Béréshit Rabba 50:11): « Sauve-toi vers la montagne », c’est-à-dire « par le mérite d’Avraham qui est comparé à une montagne, tu seras sauvé ». Avraham avait la possibilité de prier pour que son neveu Loth au moins soit sauvé, car « le Juste peut annuler un décret », et « le Juste demande et D. réalise sa demande » (Moed Katan 16b). C’est pourquoi Raphaël, qui a guéri Avraham, a aussi sauvé Loth.

 

Qui est brave ? Celui qui sait vaincre son mauvais penchant

« Il fit rouler la pierre de dessus le puits » (Béréchith 29:10), « Comme quelqu’un qui débouche une bouteille » (Béréchith Rabah 70:12), ce qui nous montre combien Ya’akov était fort.

Il est écrit: « Lorsque Ya’akov vit Ra’hel, fille de Lavan, frère de sa mère, et le troupeau de Lavan, il s’avança et fit rouler la pierre de dessus le puits ». Pourquoi n’a-t-il pas fait rouler la pierre plus tôt, mais seulement lorsque Ra’hel vint avec le troupeau?

Si effectivement Ya’akov avait tant de force, pourquoi, lorsque Eliphaz le poursuivit pour le tuer sur l’ordre de son père (Sefer HaYachar; Vayetsé), ne fit-il pas face à cette attaque? Il n’avait pas besoin de lui donner tous ses biens. S’il était si fort, il aurait pu se battre contre Eliphaz et le vaincre facilement.

Il y a plusieurs réponses possibles à cette deuxième question.

S’il avait tué Eliphaz, la haine d’Essav son frère en aurait été attisée, car il ne lui aurait jamais pardonné ce crime.

Nous savons qu’Eliphaz avait grandi chez Yits’hak et fut élevé dans le chemin de la Torah (Séfer HaYachar ibid.), et les Sages ajoutent (Devarim Rabah 2:13, Tan’houma Buber Vayéra 38) qu’Eliphaz, fils d’Essav, était un homme vertueux qui avait de plus l’inspiration divine. En le tuant, Ya’akov aurait causé beaucoup de peine à Yits’hak et c’est pourquoi il ne l’a pas tué.

En fait, Ya’akov voulait voir si Eliphaz se contenterait de prendre ses biens et lui laisserait la vie sauve. C’est effectivement ce qui se passa. Mais si Eliphaz ne s’était pas contenté de ne prendre que les biens, il est fort probable que Ya’akov se serait battu contre lui.

Effectivement, Ya’akov aurait pu se battre. Mais D. voulait donner les biens de Ya’akov à Eliphaz, car malgré les bénédictions que Ya’akov avait reçues d’Yits’hak et les promesses que D. lui avait faites, Eliphaz le poursuivait pour le tuer ou lui prendre ses biens. C’est que D. ne désirait pas que Ya’akov s’enrichisse de l’héritage de son père, mais de ce que D. allait lui donner.

Enfin, Ya’akov voulait atténuer les décrets qui frapperaient ses descendants au cours des générations, et les « actes des pères sont des exemples pour leurs enfants » (Sotah 34a). Dans le cas où les descendants d’Essav voudraient nuire aux Enfants d’Israël, ils ne pourraient que les atteindre dans leurs possessions, et non dans leurs corps, ils ne pourraient que s’approprier leurs biens sans parvenir à les éliminer.

C’est aussi la réponse à la première question. Ya’akov n’a fait preuve de tant de force que lorsqu’il vit Ra’hel s’approcher avec son troupeau, afin qu’elle le voie et raconte à son père Lavan combien il était fort et qu’il n’avait donc pas intérêt à lui faire la guerre. Au contraire, il était préférable de lui donner à garder le troupeau sur lequel il veillerait jour et nuit.

Il y a un enseignement moral à tirer de la force de Ya’akov. Lorsqu’un homme est faible et qu’il n’a pas le courage de lutter contre le mauvais penchant qui brûle en lui, il tombe dans ses pièges. Mais chacun peut apprendre de Ya’akov comment se renforcer dans l’étude de la Torah (Torat Kohanim Vayikra 26:3), et se soustraire au mauvais penchant qui est appelé « une pierre » (Soucah 52a; Zohar II, 263a), comme Ya’akov, qui fit rouler la pierre de dessus le puits, car il avait la force que donne la Torah qui est comparée à un puits d’eau vive, comme le disent les Sages (Berakhoth 56b; Yirouvin 54a; Avoth DéRabbi Nathan 34:10), « la Torah s’appelle vie, elle est un élixir de vie pour tous les membres du corps » et ils ajoutent (Soucah 52b, Kidouchin 30b): « Si tu rencontres ce vilain, entraîne-le dans la maison d’étude, s’il est de pierre il éclatera, s’il est de fer il fondra, comme il est dit (Yérémia 23:29): « Est-ce que Ma parole ne ressemble pas au feu dit l’Eternel, n’est elle pas comme le marteau qui fait voler en éclats le rocher »? Tel est le pouvoir de la Torah.

 

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