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viernes, 16 de julio de 2021

parasha devarim Pajad DAvid

Le mauvais penchant, un frère et un ennemi

Rabbi David Hanania Pinto

« Au peuple donne cet ordre : vous allez passer la frontière de vos frères, les enfants d’Essav, qui habitent en Séïr ; ils vous craignent, mais prenez bien garde ! » (Dévarim 2, 4)

Moché mit en garde les enfants d’Israël contre le danger de se laisser entraîner par les descendants d’Essav, au moment de leur traversée de la frontière du mont Séïr. Il leur enjoignit également de veiller à payer toute nourriture et boisson consommées sur place. Mais, étrangement, il désigne ces habitants par l’expression « vos frères », alors qu’il existe un principe bien connu selon lequel Essav hait Yaakov et cherche constamment à le tuer (Sifri, Béhaalotékha 69). S’il en est ainsi, comment leur attribuer une appellation évoquant la paix et la fraternité?

Nos Maîtres nous enseignent (Kidouchin 30b) que le Saint béni soit-Il a créé le mauvais penchant, ainsi que son remède, la Torah. Du point de vue divin, l’existence du mauvais penchant dans le monde est indispensable, car, en son absence, l’homme serait toujours attiré par le bien et donc dépourvu du libre arbitre. Cet éternel adversaire, qui tente sans relâche de nous inciter au mal, nous offre une alternative : l’écouter et s’engager dans une voie odieuse ou refuser de se laisser séduire et rester fidèle à l’Éternel et à la Torah, choix dûment rétribué.

Cette récompense, remise dans les temps futurs, est proportionnelle à la difficulté de l’épreuve. Par ailleurs, plus on s’efforce de maîtriser son penchant, plus on bénéficie de l’aide de l’Éternel, parce que « quiconque vient se purifier, D.ieu l’y aide » (Chabbat 104a). Enfin, plus on s’attelle à l’étude de la Torah dans la Yéchiva, plus on jouit d’une protection contre le mauvais penchant, même en dehors de ses murs. En effet, le mérite de l’étude nous accompagne partout et continue à nous protéger à l’extérieur du beit hamidrach, lorsque nous devons affronter, face à face, notre redoutable ennemi.

Tel est bien le sens de cette instruction de Moché : « Vous avez assez longtemps tourné autour de cette montagne ; dirigez-vous vers le Nord. » (Dévarim 2, 3) En d’autres termes, jusqu’à présent, vous avez campé ici pour étudier la Torah, si bien que ce lieu a acquis une sainteté semblable à une Yéchiva. Le mauvais penchant a déjà compris son impuissance contre vous ; conscient que vous jouissez du mérite de la Torah, il craint de vous attaquer. Cela étant, si vous désirez accroître votre salaire et renforcer encore davantage votre lien avec la Torah, vous devez quitter cet endroit pour vous diriger vers le Nord (tséfon), c’est-à-dire affronter directement le mauvais penchant, surnommé tsafoun (Soucca 52a). Le cas échéant, la guerre sera bien plus virulente, tandis que votre victoire décuplera votre récompense.

Essav incarne le mauvais penchant. Moché signifia aux enfants d’Israël qu’ils ne pourront pas totalement l’abolir dans le monde, où il réside lui aussi. D’ailleurs, ce monde lui appartient même plus qu’à l’homme, conformément au partage des mondes fait entre Yaakov et Essav, le premier ayant choisi le monde à venir et le second celui-ci. Dans l’impossibilité d’annihiler complètement le mauvais penchant, nous devons le considérer comme un frère résidant parmi nous et que nous ne pouvons chasser. Toutefois, il nous incombe de le maîtriser par le biais de la Torah, puisque, lorsque la voix de Yaakov résonne dans les lieux d’étude, les mains d’Essav demeurent impuissantes.

Plus l’homme surmonte son mauvais penchant, plus il s’élève. Cependant, il doit toujours garder à l’esprit que ce dernier ne disparaît jamais entièrement, mais ne fait que réapparaître sous une nouvelle forme. La prudence est donc de mise, car il est impossible de savoir comment et quand il nous surprendra. La force de cet adversaire s’amplifie en dehors des lieux d’étude, aussi, lorsqu’on les quitte, il faut continuer à méditer des paroles de Torah, afin de bénéficier de sa protection pour sortir vainqueur d’éventuelles attaques.

Dès lors, nous comprenons l’appellation de « frères » employée par Moché pour désigner les descendants d’Essav. Malgré notre devoir de vigilance pour nous préserver de leur influence nocive, c’est leur présence à nos côtés qui nous octroie le pouvoir du libre arbitre et, si nous faisons le bon choix, une immense récompense.

Moché ajouta : « La nourriture que vous mangerez, vous la leur achèterez à prix d’argent ; l’eau que vous boirez, vous la leur achèterez à prix d’argent. » (Bamidbar 2, 6) Le terme kessef (argent) peut être rapproché de la notion de khissoufine, apparaissant dans le verset « Mon âme soupirait (nikhsefa) et languissait après les parvis du Seigneur » (Téhilim 84, 3). L’âme du Juif aspire ardemment à s’attacher à la Torah, plus qu’à tout l’or du monde. Pour parvenir à prendre le dessus sur Essav, représentant le mauvais penchant, nous devons être animés d’une telle aspiration, seule la Torah étant à même de nous le permettre.

Pour conclure, le mauvais penchant possède la double dimension de frère et d’ennemi. D’un côté, il représente un grand péril spirituel, entravant notre recherche de perfection, mais, de l’autre, il assure le maintien de l’univers, en cela qu’il octroie à l’homme le libre arbitre et la possibilité de s’élever en Torah et en crainte du Ciel en contrecarrant ses assauts. Le choix est entre nos mains : nous soumettre au mauvais penchant ou, au contraire, lui opposer une lutte acharnée en nous appuyant sur le pouvoir de la Torah et sur l’assistance divine.

 

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